Ouverture par Laurent Fabius de "Labcitoyen 2014"

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Troisième édition du programme sur les droits de l’homme lancé par l’Institut français, LabCitoyen rassemblera, du 6 au 16 juillet 2014, des jeunes du monde entier autour du thème des Droits de l’Homme au XXIe siècle à l’ère du numérique.

Dans le cadre du programme de mobilité LabCitoyen 2014, 82 jeunes invité par la France se réuniront jusqu’au 16 juillet 2014 à Paris, un séjour qui présentera les grandes thématiques des droits de l’Homme à travers une série de conférences, de débats, de tables rondes et d’ateliers. Issus d’une soixantaine de pays des 5 continents, ces jeunes francophones de 18 à 25 ans sont pour la plupart engagés dans leur pays en faveur de la défense et du respect des droits de l’Homme.

Conçu par le ministère des Affaires étrangères et du Développement international et l’Institut français, en étroite collaboration avec la Maison des Cultures du Monde, LabCitoyen vise à promouvoir la langue française en tant qu’outil de débat et d’action.

L’édition 2014 porte sur « les Droits de l’Homme au XXIe siècle à l’ère du numérique et des réseaux sociaux ». L’accent est placé sur « la montée de l’intolérance, des violences et des discriminations ». Cette thématique permet aux jeunes lauréats d’approfondir leurs connaissances dans la lutte contre les préjugés, la prévention de l’intolérance et la protection des libertés notamment la liberté d’expression dans un monde où les nouvelles technologies ne cessent de modifier les enjeux actuels.

Comme chaque année, l’abolition universelle de la peine de mort reste un thème central de la programmation. À cette occasion, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Laurent Fabius, interviendra en présence de l’Ambassadrice pour les droits de l’Homme, Patrizianna Sparacino-Thiellay et du président de l’Institut français Xavier Darcos.

Les participants auront également l’opportunité de rencontrer Antoinette Chahine, militante libanaise contre la torture et la peine de mort dans son pays. Associations et figures militantes prendront le relais et un focus sur les nouvelles technologies sera présenté aux participants. Les participants auront également l’occasion de visiter Lille et d’aller à la rencontre d’associations spécialisées dans l’innovation sociale.


JPEGDiscours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 08/07/2014)

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis heureux d’être avec vous, jeunes gens venus de plus de soixante pays différents, en ouverture de cet atelier consacré à la peine de mort. Je salue votre mobilisation et l’intérêt que vous portez à cette question.

J’ai fait de l’abolition universelle de la peine de mort une grande cause de la diplomatie française et j’ai lancé, il y a maintenant un an et demi, une campagne mondiale en faveur de son abolition.

Il ne s’agit pas pour la France de donner des leçons. Vous savez d’ailleurs qu’elle n’a pas été pionnière dans ce domaine. C’est justement pour cela que notre expérience est instructive. En 1981, nous avons mis fin à la peine de mort au terme d’un long combat commencé dès le 18ème siècle.

Si l’abolition apparaît désormais comme une évidence en France, le chemin pour y parvenir a donc été difficile. En 1981 même, l’opinion publique n’y était pas majoritairement favorable. Il a donc fallu faire preuve de courage pour prendre cette mesure. Mais ce courage a été payant : l’opinion a rejoint le législateur.

En 1981, la France était le 35ème pays à abolir définitivement à la peine capitale et l’un des derniers pays européens à le faire. Aujourd’hui, sur les 193 pays des Nations unies, deux tiers n’appliquent plus la peine capitale. C’est une avancée incontestable qui témoigne d’une véritable dynamique à l’oeuvre. Mais c’est un combat qui n’est pas terminé.

La peine de mort est une sinistre réalité, comme le rappelle trop souvent l’actualité. Dans certains pays, les condamnations à mort atteignent même une échelle jamais connue jusqu’ici. Elles peuvent être prononcées pour de « prétendus » crimes de conscience ou concerner des enfants.

Combat nécessaire, également, face au risque de retours en arrière. Cela a été le cas de plusieurs pays récemment. Des moratoires, observés parfois depuis plusieurs décennies, ont été suspendus notamment en Indonésie, au Koweït, au Nigeria, en Afghanistan et plus récemment aux Maldives.

* *

Il est indispensable de maintenir la mobilisation internationale en faveur de l’abolition. Au sein des Nations unies, nous usons de toute notre influence pour renforcer le mouvement mondial en faveur des moratoires sur les exécutions, première étape vers une abolition en droit. Nous avons soutenu l’adoption des résolutions de l’Assemblée Générale de l’ONU appelant à l’instauration d’un moratoire universel. En 2012 puis 2013, j’ai organisé à New York des réunions ministérielles mobilisant des partenaires de tous les continents.

À Genève aussi la France est active. Le Conseil des droits de l’Homme a adopté le 26 juin dernier, à notre initiative, une résolution historique sur la peine de mort. Pour la première fois, un texte adopté par les Nations unies déplore les violations des droits de l’Homme découlant de l’application de la peine de mort.

Le combat de la France dans ce domaine rejoint celui que mènent de nombreux militants abolitionnistes à travers le monde. Souvent incompris, parfois malmenés, ils accomplissent un travail remarquable. Ils se voient souvent opposer l’argument du refus de l’opinion, présenté comme rédhibitoire. Je le répète, parce que c’est ce que montre l’exemple de la France : il ne faut pas hésiter en matière de droits de l’Homme à précéder l’opinion pour faire évoluer les mentalités.

L’abolition de la peine de mort n’est pas une question de culture. Ce n’est pas une opinion importée depuis l’Occident, certains diraient imposée. C’est une question de principe. Le refus contre la peine de mort prend ses racines dans l’universalité des droits de la personne humaine. Car la peine de mort est d’abord et avant tout une violation des droits de l’Homme.
Je ne reviendrai pas longuement sur les arguments que vous connaissez.

1/ La peine de mort, irréversible, n’est pas compatible avec une justice humaine qui porte en elle la possibilité de l’erreur judiciaire et qui doit pouvoir se corriger. Pour reprendre la formule lapidaire mais juste d’un magistrat français « parce qu’aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable ».

2/ Il n’a jamais été établi une quelconque corrélation entre l’existence de la peine de mort dans une législation nationale et le niveau de la criminalité. Il n’existe aucun argument solide en faveur d’une « utilité » dissuasive de la peine de mort. Le père l’abolition en France, Robert Badinter, disait à ce sujet « la question de la peine de mort est simple pour qui veut l’analyser avec lucidité. Elle ne se pose pas en termes de dissuasion, ni même de technique répressive, mais en termes de choix politique ou de choix moral ».

* *

La France a fait ce choix de l’abolition. Et aujourd’hui, elle agit pour faire avancer la cause de l’abolition universelle de la peine de mort. J’ai demandé à l’ensemble du réseau diplomatique français de porter le message de l’abolition.

Pour mobiliser la jeunesse, que vous représentez ici et qui est notre espoir, j’ai lancé l’an dernier, en partenariat avec le ministère de l’éducation nationale, un concours ouvert à l’ensemble des lycées de France sur le thème de « l’abolition de la peine de mort ».

Après plusieurs phases de sélections menées par un jury présidé par Robert Badinter, la lauréate de ce concours a pu participer au 5e congrès mondial contre la peine de mort organisé à Madrid en relation avec l’association Ensemble contre la peine de mort, qui est représentée ici aujourd’hui. Compte tenu du succès rencontré par ce concours, nous allons renouveler l’expérience.

Dans le même esprit, le projet Labcitoyen constitue une précieuse plateforme de dialogue sur les droits de l’Homme avec les jeunes générations. C’est pourquoi j’ai souhaité que cette session du Labcitoyen porte sur l’abolition de la peine de mort. Il s’agit de faire progresser encore la mobilisation, qui passe notamment par le récit d’expériences vécues. Elles permettent de saisir concrètement l’horreur de la peine de mort. Victor Hugo a écrit sur ce sujet : « On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu’on n’a pas vu de ses yeux une guillotine. »

Abolir la peine de mort, j’en suis personnellement convaincu, c’est faire progresser la justice et l’Humanité toute entière. C’est ce message que portent la France et la diplomatie française.

C’est ce combat qui est aussi le vôtre, vous qui êtes les porteurs d’avenir dans chacun de vos pays et bien au-delà. Merci./.


PNGTémoignage de Clebson Costa (Salvador-BA)

Chers amis,

Je suis finalement de retour au Brésil et je tiens à vous remercier une fois encore de l’occasion qui m’a été donnée de participer à une expérience aussi enrichissante. Grâce à LabCitoyen, j’ai pu appréhender des réalités bien différentes de ce à quoi je suis habitué ici au Brésil, j’ai eu l’occasion de discuter de questions complexes avec des personnes qui avaient un autre point de vue que le mien et d’exposer aussi ma vision du rôle que tout citoyen peut jouer dans le combat contre les atteintes aux droits de l’Homme.

Au-delà du bagage intellectuel acquis dans ce programme, j’ai pu faire la connaissance de personnes inoubliables qui sont devenues, en un laps de temps plus que bref, de véritables amis et le resteront sans aucun doute toute ma vie. Nous gardons le contact et j’espère pouvoir d’ici peu les revoir pour nous remémorer ces moments où, tous unis, nous avons été un groupe de jeunes avides d’enrichissement et d’expériences sur les droits de l’Homme, avides d’exposer nos idées, avides de développement et, pourquoi pas, avides d’être heureux.

Et le bonheur ne nous a pas laissés en reste… Même pendant les plages de travail, nous travaillions main dans la main, avec joie, nous travaillions avec amour parce que nous avions un objectif, celui de transmettre au monde notre message, un message qui pouvait être d’avertissement, de conseil, de pratique ou même d’action !

Les débats ont dissipé nos doutes, ont attiré notre attention sur les problèmes du monde et nous ont amenés à avoir une attitude qui sera certainement le catalyseur de nos actions futures en faveur des droits de l’Homme au niveau international. C’est pour cette raison que LabCitoyen n’est pas seulement enrichissant sur le plan individuel ; à mon avis, il s’agit d’une contribution de la France au monde ; il s’agit du développement de l’esprit critique de jeunes en formation ; il s’agit de la langue française comme vecteur d’échanges et facteur de l’avènement d’un monde meilleur dans un avenir proche.

Les mots me manquent pour exprimer ma reconnaissance, recevez mes plus vifs remerciements pour l’organisation de ce programme, depuis la sélection des candidats jusqu’au retour au Brésil. Toutes mes félicitations pour la promotion de cette école de vie, bravo pour tout !

Merci beaucoup.

Vidéo produite par mon groupe : https://www.youtube.com/watch?v=ES7EvUqiSns&list=PLl7eNMHjCOnvaNd7muqIMVJ3ITHvyre_1

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publié le 06/08/2014

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