Décoration d’Ivan Camargo, recteur de l’UNB - Mai 2016

Monsieur le Recteur,
Cher Ivan Camargo,

Il y a vingt ans, dans ces mêmes lieux, un de mes prédécesseurs remettait les insignes de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur à votre père.

Aujourd’hui, pour notre plus grand plaisir, il semble que l’histoire se répète. La République Française se prépare à honorer à nouveau un membre de la famille Camargo et se tourne déjà vers vos deux filles et votre fils, ici présents, qui auront donc la lourde charge d’essayer de perpétuer la tradition familiale. Mais, ne nous trompons pas, la légion d’honneur est tout le contraire d’une noblesse héréditaire. Elle honore des hommes et des femmes pour leurs mérites propres.

Ce soir la République a voulu honorer un scientifique émérite, une figure éminente du monde académique brésilien et d’un grand ami de la France. Au moment de rendre compte de votre riche trajectoire, j’ai le sentiment que, sous la multiplicité des fonctions que vous avez eues à exercer, que ce soit dans l’enseignement, la recherche ou l’administration, une valeur essentielle prédomine et caractérise finalement l’homme et le citoyen que vous êtes : la fidélité.

En premier lieu, fidélité à cette ville, Brasilia, où vous arrivez en 1970, à l’âge de 10 ans, en provenance de Rio. Tout aurait pu laisser penser que, pour l’enfant que vous étiez, l’arrachement à la douceur carioca et cet exil dans une ville encore en chantier allaient être douloureusement vécus.

Eh bien non : vous êtes, tout au contraire, émerveillé par ces grands espaces vides qui sont, pour vous et vos camarades, autant de terrains de jeu et de découverte. Lors d’un concours scolaire organisé dans le cadre des 10 ans de Brasilia, devant rédiger une phrase qui, pour vous, définirait le mieux la ville, vous écrivez : « Todas as crianças brincam em Brasilia ». Le jury, frappé par votre sens de la formule, vous accordera le premier prix : une bicyclette.

Depuis lors, hors vos années d’études en France, vous n’avez quasiment jamais quitté Brasilia, une ville où, je le crains, vous n’avez plus beaucoup de temps pour jouer mais dont vous êtes devenu l’un des plus prestigieux ambassadeurs.

Fidélité, ensuite, à cette Université Nationale de Brasilia qui, pour vous, n’a jamais mieux mérité l’appellation d’Alma Mater. C’est là, en effet, que votre vocation d’ingénieur en génie électrique s’est dessinée. C’est là où vous avez rencontré votre épouse, ici présente ; là où vos trois enfants se formeront.

C’est là, enfin, que -dès 1989- vous allez commencer votre carrière de professeur. Très vite, pourtant, alors même que vous adorez enseigner et que vous êtes devenu, en matière d’énergie électrique, un spécialiste internationalement reconnu, vous jugez nécessaire de vous impliquer activement dans la gestion de cette université.

Vous allez peu à peu y occuper des fonctions administratives de plus en plus importantes jusqu’à être élu, en 2012, recteur de l’UNB.

L’UNB, c’est aujourd’hui 4 campus, environ 2500 professeurs, 2700 agents administratifs et techniques, près de 40 000 étudiants, 26 instituts, 21 centres de recherche, un parc immobilier de 1500 immeubles. Nul doute que diriger une institution aussi gigantesque et en assurer la viabilité financière, dans le contexte que nous connaissons, relève du sacerdoce…

Vous avez su mettre dans cette mission toutes les qualités du scientifique que vous êtes : la rigueur et le pragmatisme. Sans jamais toutefois perdre de vue l’ambition qui anima les fondateurs de cette université, Darcy Ribeiro et Anisio Teixera : faire de l’UNB une institution d’avant-garde et d’excellence.

A la lumière du rayonnement croissant que, sous votre autorité, votre chère Université de Brasilia n’a cessé d’acquérir, vous pouvez cependant être légitimement fier. L’UNB compte aujourd’hui parmi les universités nationales les plus prestigieuses ; elle ne cesse de progresser dans les différents classements internationaux et certains de ses départements (ceux d’anthropologie et de mathématiques, par exemple) sont mondialement reconnus.

Fidélité, enfin, à la France. Un pays que vous découvrez tout jeune puisque vous y suivez votre père militaire, venu à Paris pour une formation à l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale. Vous y ferez votre classe maternelle à Issy-les-Moulineaux. C’est donc, si j’ose dire, par une sorte de retour aux sources que, vingt plus tard, lauréat d’une bourse du CNPq, vous choisirez la France pour poursuivre vos études supérieures, à Grenoble d’abord, puis à Paris. Vous y obtiendrez brillamment un master et un doctorat en génie électrique.

Ces quatre années furent particulièrement bien remplies puisque, non content d’accumuler les titres universitaires, vous allez aussi devenir père d’une de vos filles née à Paris. Vous rentrez au Brésil en 1988 mais, depuis lors, dans les différentes fonctions de responsabilité que vous avez exercées, vous avez eu à cœur de maintenir et de développer le lien privilégié qu’a toujours eu la France avec l’UNB ; l’UNB dont j’aime à rappeler que son premier doctor honoris causa, en 1964, ne fut autre que le Général de Gaulle…

Aujourd’hui, l’UNB compte, dans toutes les disciplines, un nombre impressionnant d’accords avec des établissements français d’enseignement supérieur. Votre université illustre ainsi le dynamisme de la coopération universitaire et scientifique franco-brésilienne.

Je vous sais particulièrement gré du temps qu’en dépit d’un agenda surchargé, vous continuez à consacrer, en tant que conseiller, à l’Alliance Française de Brasilia où vos conseils et avis éclairés ont toujours été d’une aide extrêmement précieuse au comité de gestion.

Cher Ivan,

C’est ce parcours exemplaire que je viens de rappeler à grands traits qui vous vaut aujourd’hui d’être distingué par la République Française et à travers votre personne l’université que vous dirigez

Monsieur Ivan Camargo,

Pour votre contribution à l’amitié entre le Brésil et la France, j’ai l’honneur de vous remettre les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur.

publié le 08/07/2016

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